Puissions-nous faire en sorte que les Caennais soient heureux et fiers de leur ville. 1ére Allocution comme maire de Caen - 25 mars 2001
Par Brigitte Le Brethon le dimanche 25 mars 2001, 00:00 - Archives - Lien permanent
Ma première pensée va à l'ensemble des habitants.
Nous voici tous réunis, pour la première fois, dans cette salle des gardes. Pour un certain nombre d'entre vous, c'est un baptême, et pour quelques uns, une confirmation. Pour moi, qui l'ai souvent pratiquée, c'est un grand jour et un moment d'émotion très intense.
La courtoisie et la reconnaissance et l'affection m'obligent à saluer d'abord mon prédécesseur, qui a, avec compétence, si longtemps siégé à cette place. Je comprendrai mieux encore, sans doute, dans quelques mois, les inquiétudes et les impatiences qui sont le lot de tous les élus, parce que l'adhésion d'autrui n'est jamais chose acquise.
Je salue l'intérim de notre amie Josette Bénard, dont la compétence et le dynamisme me seront, j'en suis sûre, très précieux.
Ma première pensée va à l'ensemble des habitants de cette ville. Un grand nombre d'entre eux nous ont fait confiance, et l'une de mes ambitions sera de ne pas les décevoir. Des engagements ont été pris : ils seront honorés.
D'autres on fait, lors des élections municipales, un autre choix. Je souhaite que nous sachions les convaincre que nous travaillerons sans exclusive, et que nous prendrons en considération tous les messages qui nous seront adressés.
Au temps de la campagne succède le temps du mandat. C'est celui de l'action qui sert l'intérêt général, qui ne s'enferme pas dans des limites partisanes. Cette action requiert la collaboration de tous les élus, ceux de la majorité et ceux de l'opposition. Avec enthousiasme et détermination nous devons tous aborder ce mandat.
Lors des très nombreuses rencontres que nous avons faites, j'ai été frappée de constater à quel point les préoccupations des uns et des autres se rejoignent.
On nous a beaucoup parlé d'emploi, de sécurité, d'environnement, du rayonnement de notre ville. Sur tous ces dossiers, nous pouvons agir de manière efficace, pourvu que nous fassions preuve d'imagination.
Sur tous ces sujets, on entend tout et son contraire ou presque, mais très rarement des analyses originales et des suggestions audacieuses.
Je suis personnellement convaincue que nous devons repenser ces questions autrement. Nous devons nous débarrasser des idées toutes faites et des préjugés qui nous encombrent tous l'esprit. Nous sommes parfois victimes des mêmes pressions médiatiques et idéologiques. Il serait temps, je crois, de voir les choses en face et d'avoir le courage de reprendre les problèmes à la base, c'est-à-dire, tout simplement, en écoutant les personnes concernées. Le bon sens n'exclut pas l'audace, bien au contraire. Il est le socle nécessaire sans lequel l'action politique se réduit à des gesticulations sans effet. C'est la raison pour laquelle, nous avons décidé de créer une série de lieux de débats et de participation pour permettre à l'imagination de tous de s'exprimer dans divers domaines. Je veux que nous restions tous des élus de proximité. L'expression d'ailleurs m'amuse, car elle nous range, comme les magasins d'alimentation, dans la catégorie des petits. Je l'accepte bien volontiers, car c'est là qu'on trouve encore le contact humain. Elle m'inquiète un peu, en revanche, car elle signifie aussi qu'il existe des élus lointains. Veillons pour que ce qualificatif ne nous soit jamais attribué.
Je souhaite que dans toute la ville se créent des liens nouveaux avec les habitants, pour qu'un dialogue vrai nous permette de répondre à leurs attentes : nous avons été élus pour cela.
On pourra m'objecter, non sans raison, que les élus ont aussi le devoir de surprendre, de suggérer, d'avoir quelquefois, comme on dit, raison trop tôt : je n'en disconviens pas, et je pense que nous saurons le faire. Je suis néanmoins convaincue qu'aucun projet d'envergure ne peut être mené à bien sans recueillir une adhésion suffisante.
Nous n'éviterons pas sans doute, comme ceux qui nous ont précédés et comme ceux qui nous suivront, la critique. Elle trouve toujours un sujet pour s'exercer, surtout dans ce pays qui n'est jamais, somme toute, et c'est heureux, que l'addition de millions de citoyens. C'est la règle du jeu. Je crois qu'il faut l'entendre, quand elle est recevable et passer outre, quand elle est systématique. Je ne suis pas une adepte du consensus mou et je souhaite que nous sachions tous étonner et convaincre.
Les jeunes, en particulier, nous attendent sur ce terrain. Ils ont envie d'entendre un autre langage, un langage que les politiques ont trop souvent perdu par l'effet du pouvoir qui les isole. Nous ne gagnerons pas cette partie de six années si nous oublions notre jeunesse, ses ardeurs et ses révoltes. Nous ne comprendrons rien à la génération qui vient si nous ne savons pas nous mettre, par instants, à sa place. Je côtoie chaque jour des jeunes, je sais qu'ils attendent beaucoup de nous, et je pense qu'ils ont des choses à nous apprendre, même si nous devons pour cela abandonner un certain nombre de nos certitudes. Les choses changent à toute vitesse, et si nous n'y prenons pas garde, nous serons très vite dépassés, même à l'échelle d'une ville. C'est à nous de faire en sorte qu'elles ne changent pas sans que nous sachions accompagner le mouvement, voire l'anticiper, repêcher ceux qui s'y perdent, encourager ceux qui y gagnent. Parce que tout s'accélère, le lien entre les générations devient plus fondamental encore. La continuité est une idée rébarbative pour la jeunesse si elle signifie que rien ne change. Elle sera un formidable élément d'équilibre si elle veut dire que ce qui nous a été légué leur sera transmis, c'est-à-dire, tout simplement, mais pas tout bêtement, le souci que l'on a d'autrui, le désir d'inventer, le bonheur de bâtir. Nous devons travailler pour ceux qui nous remplaceront et avec ceux qui nous remplaceront.
Tous ces objectifs nous ne pourront les réaliser qu'avec l'appui et la compétence du personnel municipal, sur le concours duquel je sais d'expérience pouvoir compter. En retour, qu'il soit assuré qu'en toute circonstance il pourra compter sur moi.
J'aborde ce mandat avec modestie, consciente des limites de l'action municipale comme de sa grandeur, y compris dans ses aspects les plus anodins en apparence, car la vie n'est pas faite que de grandes choses. L'élu trouve-t-il plus de satisfactions à aider une famille en difficulté qu'à recevoir à l'Abbaye aux Hommes les grands de ce monde ? Peut-être, sûrement !
Je l'aborde avec enthousiasme, car la vie est aussi faite de grandes choses, d'émotions partagées devant de grandes œuvres, sans lesquelles une ville, pas plus qu'un pays, ne peut vivre et s'identifier.
Puissions-nous ensemble faire en sorte, que dans six ans, les Caennais, du plus modeste au plus illustre, soient à la fois heureux dans leur ville, et fiers de leur ville. Alors, nous pourrons dire mission accomplie.
Pour en savoir plus: CAEN MAGAZINE - Numéro Spécial MARS 2001

